Des virus thérapeutiques aux thérapies cellulaires : vers une souveraineté hospitalière des biomédicaments
La France fait face à une dépendance croissante vis-à-vis des industriels internationaux pour l’accès aux biomédicaments, en particulier dans le domaine des thérapies personnalisées (biothérapies, radiopharmaceutiques, thérapies cellulaires, médicaments individualisés). Ces traitements, souvent produits en séries limitées ou à la demande, reposent sur des chaînes d’approvisionnement complexes, vulnérables aux tensions industrielles, aux contraintes logistiques et aux priorités commerciales globales. Cette situation expose le système de santé à des risques de rupture, à des délais incompatibles avec certaines indications et à une perte de souveraineté thérapeutique, notamment pour les innovations précoces ou les populations restreintes nécessitant des traitements sur mesure.
Les CHU disposent pourtant d’atouts uniques pour répondre à cet enjeu stratégique : présence de pharmacies hospitalières à forte expertise, plateformes de recherche translationnelle, unités de production stérile, capacité à conduire des essais cliniques précoces et proximité directe avec les patients et les services cliniques. Toutefois, ces capacités restent aujourd’hui fragmentées, insuffisamment structurées à l’échelle nationale et encore largement dépendantes d’approvisionnements industriels externes. Dans un contexte d’augmentation rapide des thérapies personnalisées, les CHU sont amenés à évoluer d’un rôle d’utilisateurs vers celui d’acteurs capables de produire, adapter et sécuriser l’accès à des biomédicaments critiques, au plus près des besoins cliniques.
Les initiatives FRIPHARM et ARTEMIS illustrent cette évolution vers une production hospitalo-universitaire souveraine de thérapies personnalisées. En intégrant production pharmaceutique, innovation clinique et recherche translationnelle au sein du CHU, ces modèles permettent une fabrication à la demande ou sous formes de lots de moyenne capacité, une réduction des délais d’accès, une adaptation aux besoins patients et une sécurisation des approvisionnements. Leur structuration ouvre la voie à une filière hospitalière de production de biomédicaments personnalisés, reposant sur des circuits courts, une expertise pharmaceutique hospitalière et une coopération inter-CHU, contribuant ainsi à renforcer l’autonomie stratégique du système de santé français.
Initialement spécialisée dans la production de médicaments à principes actifs chimiques, la plateforme FRIPHARM a progressivement étendu son champ d’activité vers la bioproduction de biomolécules complexes en lien étroit avec les équipes de recherche académique. Cette évolution s’est traduite par un projet de production de protéines recombinantes élastiques (équipe UMR CNRS 5305 ; Dr. R. Debret), puis par la mise en place d’une production GMP de bactériophages thérapeutiques (Prof. F. Pirot, CNRS UMR5305-FRIPHARM ; Prof. F. Laurent, INSERM U1111 - CNRS UMR5308 – Institut des Agents Infectieux), relevant du domaine submicronique non cellulaire pour faire face au problème de santé publique majeur et dynamique que constitue l’antibiorésistance. Dans cette dynamique, FRIPHARM élargit désormais son expertise vers des projets de production de vecteurs viraux et non viraux destinés au transfert de gènes, positionnant la plateforme à l’interface entre bioproduction pharmaceutique et les thérapies innovantes. Parallèlement, la plateforme ARTEMIS s’est structurée autour d’une spécialisation dans les thérapies cellulaires et tissulaires, avec des activités de reprogrammation cellulaire, de production de cellules immunitaires modifiées de type CAR-T et de fabrication de substituts tissulaires tels que les feuillets épidermiques (Prof. S. Viel, INSERM U1111, CNRS UMR5308) dont l’importance a été démontrée après les évènements récents de Cran Montana. Cette orientation confère à ARTEMIS une expertise centrée sur les biomédicaments cellulaires, complémentaires des approches biomoléculaires développées par FRIPHARM.
Ces deux plateformes, situé au sein même de l’hôpital Edouard Herriot, groupement Centre des HCL, proposent ainsi une offre hospitalo-universitaire de bioproduction de biomédicaments à la fois complémentaire et interopérable. FRIPHARM peut notamment à termes assurer, dans un cadre GMP, la production de vecteurs viraux ou non viraux nécessaires à la modification génétique de cellules immunitaires ou de tissus produits par ARTEMIS. Cette articulation permet de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur des biomédicaments personnalisés, depuis la production de biomolécules, de phages thérapeutiques et de vecteurs jusqu’à la fabrication de thérapies cellulaires et tissulaires, et contribue à structurer une filière hospitalière intégrée de bioproduction au service de la souveraineté thérapeutique.
Le projet est lauréat du premier prix des innovations pour la souveraineté en santé des CHU, organisé par les mutuelles MGEN, MNH et Relyens, avec le soutien de la Conférence des directeurs généraux de CHU. Le prix sera remis lors du salon SanteExpo.