« Cinq minutes pour sauver deux vies », urgence vitale à l’hôpital de la Croix-Rousse

Dans les couloirs de l’hôpital de la Croix-Rousse, une femme enceinte s’effondre. Arrêt cardiaque. Le compte à rebours est lancé pour les équipes de réanimation, d’obstétrique et de néonatologie qui doivent coordonner leurs efforts pour sauver deux vies.

Le calme des couloirs entre les bâtiments C et D de l'hôpital de la Croix-Rousse est brusquement rompu. Une patiente, enceinte de huit mois, vient de s’effondrer au sol, inconsciente. Le numéro unique d’urgence interne, le 22 22, est composé pour déclencher l'équipe d'intervention. Très vite le diagnostic est donné : arrêt cardio-respiratoire. La sœur de la patiente commence un massage cardiaque avant l’arrivée des réanimateurs.

Pour cet exercice de simulation, les soignants font face à un mannequin perfectionné, capable de simuler des constantes vitales, de cligner des yeux et possédant un ventre de femme enceinte contenant un fœtus. « L’objectif est de tester les chaînes de communication et la coordination entre trois équipes spécialisées, - réanimation, néonatologie et gynécologie-obstétrique -, face à un scénario exceptionnel mais critique », informe le docteur Mikhail Dziadzko, adjoint au chef du service d’anesthésie réanimation de l'hôpital de la Croix-Rousse et responsable de la formation.

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L'équipe de réanimation chirurgicale intervient sous les regards des formateurs.

Une course contre la montre 

En quatre minutes, l’équipe de réanimation médicale arrive sur place et débute le massage cardiaque. Ce qui n’était pas prévu dans le scénario. L’appel au 22 22 leur ayant été adressé, l’équipe pensait intervenir sur une vraie patiente. « Leur réactivité et leur intervention ont été exemplaires », commente le Dr Dziadzko. 10h31 : nouvel appel au 22 22. Cette fois-ci, c’est l’équipe de réanimation chirurgicale qui arrive, elle aussi, en moins de cinq minutes. Tout s’enchaîne rapidement. « Madame, vous pouvez venir nous aider pour le massage ? On a besoin de mains en plus », demande un membre de l’équipe. « Vous allez mettre votre main au niveau du sternum comme ça, faire une répétition à environ 100 par minute... Pendant ce temps, on va poser une perfusion. »

Particularité technique : pour que le massage soit efficace chez une femme enceinte, il faut mobiliser l'utérus vers la gauche afin de libérer la compression de la veine cave et rétablir le retour veineux. La « sœur » de la patiente qui continue à masser aux côtés de l’équipe de réanimation chirurgicale est jouée par Delphine Strittmatter, infirmière anesthésiste et formatrice. La scène se déroule sous le regard attentif de Jean-Marc Forcione, infirmier anesthésiste et formateur. Noircissant les pages de son bloc-notes, il est particulièrement vigilant au travail en équipe pluriprofessionnelle. À quelques dizaines de mètres, dans la salle de contrôle, le docteur Jean-Laurent Couaillier, anesthésiste réanimateur et formateur, vérifie la fréquence et la pression exercée sur le sternum via l'ordinateur.

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Homme devant un écran de contrôle
Dans l'attente de l'arrivée de l'équipe de réanimation chirurgicale après l'appel au 22 22.

 

La tension monte. Un milligramme d’adrénaline est injecté mais on attend toujours le défibrillateur. « On a à peu près cinq minutes pour prendre la décision », indique le docteur Guillaume David, anesthésiste réanimateur, responsable de l’urgence vitale hospitalière au GHN et formateur. « Il est très important qu'il existe une procédure pour aider à sauver des vies et protéger les soignants », explique-t-il. Une césarienne de sauvetage doit-elle être pratiquée ? L'enjeu est double : vider l'utérus pour améliorer les chances de survie de la mère et tenter de sauver le bébé, dont l'oxygénation dépend entièrement de la circulation maternelle. « La césarienne de sauvetage est faite d'abord pour sauver la mère, car vider l'utérus améliore ses chances de survie », précise le Dr Dziadzko. « Pour une césarienne en urgence, il faut juste un bistouri, une paire de gants et faire une incision médiane »

Des obstacles « comme dans la vraie vie » 

L'exercice révèle également les difficultés du terrain. Alors que l'équipe de néonatologie accourt, elle doit transporter une lourde table de réanimation pédiatrique à travers des chemins en pente. « C'était compliqué de se déplacer avec la table de réanimation sur un chemin en pente, les gens vous regardent sans comprendre », confiera une soignante lors du débrief. L'adrénaline monte et les équipes sont pleinement rentrées dans le jeu. L'incision est pratiquée par l’équipe de gynécologie obstétrique arrivée à 10h42, le bébé est extrait et immédiatement pris en charge par les pédiatres de l’équipe de néonatologie arrivée à 10h45, tandis que les réanimateurs poursuivent les soins sur la mère. Le retour à la circulation spontanée de la mère est survenu après la césarienne, quinze minutes après l’arrêt cardiorespiratoire.

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L'équipe de néonatologie réanime le nouveau-né.

 

« Même si on comprend au départ que c'est du plastique, les équipes investissent pleinement l’exercice », commente la docteure Julie Larcade, pédiatre et responsable du groupe simulation du service de néonatologie. Violaine Suchail-Drutel, infirmière et formatrice dans le service de néonatologie, se tient prête à contrôler les constantes du bébé depuis une tablette connectée. Mais le bébé ne sera au final pas mis sous monitoring. Toutes deux observent la scène, satisfaites de constater la réactivité et les bonnes pratiques de leur équipe médico-soignante. Le scénario s’achève après l’intubation orotrachéale du nouveau-né et la récupération d’une activité cardiaque satisfaisante, permettant de « considérer un pronostic favorable pour les deux patients ». « Au final, les deux patients ont été sauvés ! », s’exclame le Dr Dziadzko.

Le débrief pour s'améliorer

Après une heure de manœuvres intenses, l'exercice prend fin. Place au débriefing, une étape cruciale permettant de faire le point sur les aspects émotionnel, décisionnel et organisationnel. Si, dans ce scénario, la mère et l'enfant ont pu être sauvés, les observateurs notent l'importance capitale de la coordination. « C'est un facteur humain plutôt que technique médicale », souligne Jean-Marc Forcione. Des points à améliorer sont identifiés : la signalétique pour localiser le défibrillateur (DAI) dans les couloirs et des problèmes de transfert d'appels téléphoniques entre certains services. « C’est un point critique. Par contre, le réflexe d'appeler l'anesthésiste d'obstétrique était excellent car il est à proximité des obstétriciens. Malgré les soucis de matériel ou d'échographe, cela n'a jamais freiné votre prise de décision, et c'est le plus important. Nous allons créer des aides cognitives avec les numéros de téléphone utiles à coller directement sur les chariots d'urgence », intervient le formateur.

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débrief des médecins formateurs après l'exercice de simulation
Débrief des médecins après l'exercice de simulation.

 

Les équipes ont su faire preuve de synergie malgré le stress intense généré par la situation. « Cet exercice est indispensable pour affiner la prise en charge des urgences vitales chez la femme enceinte », commente le Dr Dziadzko. Il aura aussi permis de constater « l'importance capitale du message initial et de la localisation pour ne pas perdre de précieuses secondes ». Pour les professionnels présents, ce « jeu sérieux » semble incontournable.

Dans un cas de figure extrêmement rare, la préparation est essentielle pour ne pas perdre de temps le jour où la fiction rejoindra la réalité.



 

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Blocs libres

Cet exercice de simulation s’inscrit dans le cadre de la formation continue qui vise à accompagner l’ensemble des professionnels dans l’évolution de leurs missions et de leurs parcours.