« Nous connaissons l’après », Clémentine Resta, infirmière de coordination pour le don d’organes et de tissus

Infirmière de coordination à la CHPOT, Clémentine Resta orchestre la gestion du don d’organes et de tissus. De la consultation des dossiers informatisés au prélèvement jusqu’à la relation aux proches, sa mission requiert expérience, rigueur, aisance face à la mort et de précieuses qualités humaines.

Contrairement aux soins classiques, l'infirmier de coordination à la CHPOT (Coordination hospitalière du don d’organes et de tissus) quitte le chevet du patient pour se consacrer à la gestion des donneurs décédés. À ce poste, quelques prérequis s’imposent : « avoir une solide expérience en service de soins intensifs, réanimation ou urgences d’au moins trois à cinq ans, indispensable pour comprendre les parcours des patients et maîtriser les aspects techniques. »

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Femme brune souriante se tenant debout avec un t-shirt noir et un bas fleuri.
Clémentine Resta, infirmière de coordination pour le don d’organes et de tissus

Prélèvements en chambre mortuaire

La mort est le quotidien du service. Chaque jour, un infirmier de coordination est dédié à la consultation des dossiers des patients décédés au cours des dernières vingt-quatre heures. Il faut identifier les potentiels donneurs de tissus, à la recherche d'éventuelles contre-indications comme certains cancers actifs.

« Quand le décès arrive, le soignant peut considérer que c’est un échec. À la CHPOT, nous avons une vision différente car nous connaissons l’après ».

Une dizaine de décès est recensée chaque jour. Le prélèvement de cornée est le plus courant. À Lyon, les infirmiers coordinateurs formés à l’acte sont habilités à prélever eux-mêmes les cornées. Le geste doit être réalisé en chambre mortuaire dans les vingt-quatre heures suivant le décès. Le prélèvement est invisible pour les familles ; des coques sont posées pour maintenir le bombé de l'œil et les paupières sont refermées. Outre la cornée, les autres tissus prélevés (par les médecins) sont l’épiderme, les vaisseaux sanguins (veines et artères) ainsi que les valves cardiaques.

« Les prélèvements sont ensuite déposés à la banque de tissus à l'hôpital Édouard Herriot où leur qualité va être vérifiée. »   

Absence d’opposition et gestion des émotions

Concernant le don d’organes, il n’est possible que dans certains cas cliniques et sous réserve d’éligibilité en lien étroit avec l'Agence de la biomédecine (ABM), qui valide les prélèvements et gère la liste nationale des receveurs.

La mort encéphalique représente moins de 1 % des décès hospitaliers et nécessite une réactivité 24 h sur 24. « La mort encéphalique, c’est-à-dire la destruction irréversible du cerveau, doit être prouvée par des examens cliniques stricts testant les réflexes et la ventilation, et paracliniques par angioscanner ou deux électroencéphalogrammes à quatre heures d'intervalle. »

De son côté, l’infirmière coordinatrice joue un rôle d’enquêtrice en reconstituant l'histoire médicale complète du défunt pour s'assurer de la sécurité des greffons, en contactant les médecins traitants ou d'autres hôpitaux... avant de prendre contact avec les proches. 

En France, la loi repose sur le consentement présumé. « L'équipe ne cherche pas un accord, mais l'absence d'opposition exprimée par le défunt de son vivant ainsi qu’une adhésion collégiale des proches à la démarche. » Les entretiens avec les proches ont lieu après l'annonce du décès par le médecin réanimateur. L'infirmière adapte alors son langage, évite le jargon médical et reste vigilante à respecter le rythme des familles. Outre l’aisance face à la mort, la rigueur, le sens de l’organisation, elle doit aussi posséder d'excellentes capacités de communication.

« La gestion des émotions des proches comme la colère ou la détresse est complexe, particulièrement en pédiatrie où les séparations entre le parent et son enfant avant le bloc opératoire sont des moments très charnières et très durs ».

Spécificité au CHU de Lyon : une psychologue est présente pour soutenir les proches du donneur décédé.

Une position centrale et éthique

Les infirmiers de coordination sont les pivots essentiels du don d’organes. Ils organisent les déplacements des chirurgiens préleveurs en taxi ou en avion à travers toute la France ; ils collaborent avec les services de soin, les services mortuaires, les virologues (pour les sérologies systématiques), les cadres de bloc et, dans les cas de morts violentes, avec la justice (procureur, forces de l'ordre).

Ils remplissent également des missions de formation, information et prévention, en intervenant auprès des futurs professionnels de santé, des agents des HCL ou du grand public (lycée, événements lyonnais, etc.) pour « démystifier le sujet et encourager les gens à exprimer leur position à leurs proches. »

À ce poste depuis sept ans, Clémentine ne connait pas la routine. Elle vit sa mission avec un sens aigu de l’éthique, dans le respect absolu du corps. Ici, on parle « défunt » plutôt que « cadavre », et de « l’importance de prendre soin des vivants quelle que soit leur décision finale. »

 

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