Orion jeunesse 2026 : des étudiants face à la guerre
Il est 14 heures dans la capitale des Gaules et l’hôpital Édouard Herriot est sur le pied de guerre. Au premier étage du Pavillon N, un couloir est réservé. Des étudiants en médecine et en sciences infirmières prennent en charge des patients en réanimation. Soudain, une cyberattaque* paralyse le système informatique de l’hôpital. Au pied du Bâtiment 13, autre ambiance : deux unités de décontamination voient l’arrivée de victimes d’un accident nucléaire survenue à la centrale du Bugey, dans l’Ain. À environ un kilomètre, dans une annexe de la faculté de médecine Laënnec, d’autres étudiants se préparent à traiter des patients psycho-traumatisés à la suite d’attentats. Enfin, au hub de sécurité et commandement à Ecully (dans l’ancienne EM Lyon), une soixantaine d'étudiants gèrent la remontée d'informations, la communication de crise et les réseaux sociaux pour coordonner l'ensemble du dispositif.
Mené le 30 mars 2026 à Lyon, l’exercice Orion 2026 et, plus précisément, sa déclinaison « Jeunesse », est une simulation de crise hybride d’une ampleur inédite en France. Piloté par le ministère des Armées, cet entraînement a mobilisé environ 500 étudiants en médecine, sciences infirmières, informatique, psychologie et communication, sous l’encadrement de professionnels des HCL et de militaires.
« You have been hacked »
« You have been hacked. » L’inscription rouge sur fond noir fige les écrans du service de réanimation. En quelques secondes, le système informatique des HCL est paralysé. Dans l’unité de réanimation reconstituée, c’est l’effervescence. Des étudiants en médecine et en sciences infirmières assurent les soins en mode dégradé. Chacun s'organise dans l'urgence. Joanna Talavera, infirmière technique du Pavillon H, encadre l’exercice. « On a affaire aujourd'hui à des générations qui n'ont jamais connu le papier... Nous observons comment ils arrivent à se mettre en ordre de marche, comment ils se répartissent les tâches et comment ils utilisent les outils de secours, comme les cartes de numéros d'urgence, pour gérer les patients et en même temps pour gérer la crise ». Chargée de piloter les constantes vitales du mannequin de simulation via une tablette connectée à un scope, elle fait varier l'état de santé du patient fictif, comme provoquer une bradycardie ou un arrêt cardiaque, en fonction des actions entreprises par les étudiants. « L'exercice vise à leur apprendre où trouver les informations critiques et comment gérer les flux de documents sans ordinateur. »
Dans la chambre d’à-côté, Léopold, étudiant en troisième année de médecine est au chevet de Lilou, étudiante en troisième année de sciences infirmières : le premier joue le fils opposé aux soins palliatifs, la deuxième interprète sa mère, patiente âgée au pronostic vital engagé. De quoi donner du fil à retordre aux futurs soignants en pleine exercice de crise... Dans une salle voisine, une douzaine d'étudiants en informatique de l'Insa et de Polytech s'activent pour identifier la faille et restaurer les serveurs sous la supervision de Frédérique Biennier, docteure en informatique et automatique appliquées et professeure à l'Insa. « Les étudiants ont mis en place une infrastructure informatique sécurisée en utilisant des logiciels open source. Ce système est conçu pour gérer les données des patients et l'emploi du temps des médecins. »
Se préparer à la défense et cultiver la résilience
Le but est d'acculturer les étudiants, toutes filières confondues, aux notions de « culture de défense et de résilience », indique la commandant Adeline Motsch, conseillère en communication. « Il s'agit de provoquer une prise de conscience et de préparer la jeunesse à répondre à des situations de crise exceptionnelle auxquelles le pays pourrait être confronté ». Le Général Alain Lardet, gouverneur de Lyon, abondera en ce sens au moment du débriefing, rappelant que les militaires ne peuvent pas tout faire seuls : « La guerre de haute intensité est à nos portes... d'où l'intérêt de cet entraînement majeur. En cas d'attaque, on aura besoin de ce travail horizontal ».
Pendant le briefing du Pavillon N, l’accent avait été mis sur l’absence d’évaluation, l'apprentissage collectif et l'amélioration des procédures plutôt que sur une notation individuelle des gestes techniques. « Les futurs professionnels auront été mis en position de leaders et d'acteurs pour tester leur capacité d'organisation et de prise de décision », ont commenté les docteurs Robin Berthiau-Jezequel et François-Xavier Jean, anesthésistes réanimateurs venus encadrés cet exercice grandeur nature. Pour Augustin Sorel, directeur adjoint de l’hôpital, « tout est bon à prendre dans cet exercice, car il aura permis de valider des procédures et de préparer les équipes à des situations d'exception... »
Décontamination en zone froide
À quinze heures, la situation est particulièrement tendue sur le parking du Bâtiment 13. Des patients venant du site nucléaire se sont présentés directement à l'hôpital sans avoir été interceptés par les dispositifs de secours locaux. Il a fallu les décontaminer en urgence pour éviter l'introduction d'éléments radioactifs dans l'établissement ou avant leur retour à domicile. Youssef, étudiant en troisième année de médecine, joue le rôle d'une victime sur brancard : « C'est une expérience assez particulière... on m'a retiré tous mes vêtements, on m'a découpé ce qu'il fallait découper. Ils m'ont fait faire la douche comme à l'hôpital. C'est totalement immersif et j’ai découvert tout un aspect de la médecine d’urgence que ne je connaissais pas ». Son camarade Adam, en deuxième année de médecine, souligne à son tour l'intérêt pédagogique : « C’est très intéressant de voir la coopération entre le domaine civil et le domaine militaire... ça permet de découvrir de nouveaux domaines de compétences dont on ne soupçonnerait pas l'existence ». Tous deux sont passés par l’unité de décontamination mobile mise en place par la cinquantaine de militaires de la Sécurité civile venus de Brignoles.
Augustin, étudiant en médecine, vient de passer au crible du portique de détection de radioactivité. Résultat : contaminé. Il est conduit à suivre le parcours de l’unité fixe de décontamination hospitalière. Des étudiants en médecine le prennent en charge dans leurs tenues de haute protection. Après une douche dans un froid quasi hivernale, il revêt la tenue bleue intissée jetable, avant de patienter en zone protégée. « C’est intéressant de voir comment s’organise la prise en charge des patients contaminés. Après la douche, je peux être hospitalisé sans risque de contaminer les patients et les soignants. » Un peu plus loin, de futurs pharmaciens utilisent des spectromètres pour identifier des substances chimiques inconnues...
Traumatismes psychiques et blessés de guerre
À Laënnec, le profil des victimes requiert d’autres ressources toutes aussi indispensables. Un grand nombre de civils, extrêmement choqués par les attaques survenues en ville, ont envahi le site. Un triage rigoureux assure leur prise en charge, notamment sur le plan psychologique, afin d'éviter que le service d’accueil des urgences fictif ne soit totalement débordé. Des professionnels aguerris de la Cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) sont présents pour encadrer la simulation, aidés par deux psychologues du service de santé des armées. Pour faire face à l’afflux massif de victimes jouées par une cinquantaine d’étudiants en sciences infirmières et médecine, une vingtaine de « soignants » interprétés par des étudiants en psychologie de l’université Lyon 2 et des étudiants en médecine de l’université Lyon 1, ainsi que deux coordonnateurs internes en médecine. « Les victimes sont prises en charge par des binômes composés d’un étudiant en psychologie et d’un étudiant en médecine qui accueillent, évaluent et orientent les victimes », informe Rémy Darbon, infirmier à la Cump et encadrant. Les étudiants apprennent ainsi à communiquer, s’organiser et se coordonner. « Cette simulation leur permet aussi de toucher du doigt la complexité d’un entretien en situation de crise », précise-t-il.
Il est seize heures. Sur les trois sites, les étudiants se préparent au débriefing. Bonne nouvelle : les serveurs informatiques ont été remis en route en moins de deux heures et la collaboration entre des étudiants de différents niveaux a été efficace. À Laënnec, la synergie interuniversitaire a également fonctionné, « révélant la complémentarité entre les étudiants des différentes disciplines somatiques et psychologiques », commente Rémy Darbon.
Le mot de la fin revient au docteur Stanislas Abrard, anesthésiste réanimateur au Pavillon H et référent Défense de l’université Lyon 1 : « Les objectifs sont atteints. Les étudiants ont correctement réagi. C’est un très bon signal pour l’avenir ! ». Dans deux jours, le dernier exercice de gestion de crise clôturera la simulation. Cette fois-ci, 240 étudiants devront prendre en charge un afflux massif de blessés de guerre...
*. En 2024, 1 366 cyberattaques majeures visant des entités publiques françaises ont été signalées à l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Parmi ces attaques, 10% ciblaient les établissements de santé.
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