Formation de correspondants gériatriques pour entrer dans la réalité du patient âgé
« Dans le contexte de vieillissement de la population, tous les services de spécialité et, non pas seulement ceux de gériatrie, prennent en charge des patients âgés. C’est pour lutter contre l’iatrogénie hospitalière, c’est-à-dire la perte de capacité fonctionnelle que vont présenter les personnes âgées hospitalisées à la suite de cette hospitalisation, que nous formons des correspondants en gériatrie », indique Sophie Burel, infirmière et coordinatrice de la formation aux côtés de Léa Courtemanche, ergothérapeute, et Hélène Thivend, cadre de santé. « Ce statut est unique en France », souligne la Dr Géraldine Martin-Gaujard, directrice médicale de l’Institut du vieillissement des HCL et intervenante durant les journées de formation.
Chaque année, deux sessions de formation sur deux jours sont organisées par l’équipe mobile de gériatrie du Groupement Hospitalier Centre, constituée d’une vingtaine de formateurs, - médecins, rééducateurs, infirmiers, aide-soignants, diététiciens et psychologues -, des hôpitaux Edouard Herriot et des Charpennes. Chaque session de formation réunit en moyenne une dizaine de soignants, venus se former sur la base du volontariat.
Ce mardi 16 mai, une première journée de formation commence. Au programme : vieillissement physiologique, introduction aux syndromes gériatriques, prévention à la dénutrition, atelier pratique de simulation de vieillissement, étude de cas clinique, et quizz pour valider l’acquisition des nouvelles connaissances. Les soignants présents sont issus de différents services d’urgence de l’hôpital Edouard Herriot. « L’idée est de déconstruire les idées reçues sur le vieillissement, de partager savoirs, connaissances et pratiques gériatriques, pour que de retour dans leur service respectif, les soignants améliorent la prise en soin du patient âgé », explique Sophie Burel.
Agir au plus tôt
Prévenir la dégradation des symptômes est l’un des enjeux de la formation. Car pour ces patients, plus le délai de prise en charge s’allonge, plus le risque de perte d’autonomie s’aggrave. « Il existe des points d’alerte que les soignants doivent surveiller : la confusion, la chute, l’incontinence, la dénutrition. Ces symptômes sont plus fréquents dans un laps de temps plus court chez les patients âgés. Plus on intervient précocement, plus on a de chance de changer le cours de la prise en soin et de préserver l’autonomie du patient », informe la Dr Adélaïde Vincent, médecin gériatre à l'équipe mobile de gériatrie du K3.
Céline Pierres, diététicienne, et Dielze Osmani, aide-soignante référente nutrition, forment les soignants au dépistage de la dénutrition. Là encore, l’enjeu est essentiel. En France, on estime que 25 % des personnes âgées en perte d’autonomie souffrent de dénutrition. Or ses conséquences peuvent être graves : diminution de la force musculaire, fatigue générale, asthénie physique compliquée d’escarres, troubles psychiques (dépression), etc. Quand ces symptômes s’installent, la durée d’hospitalisation et le taux de mortalité augmentent de 50 %.
Elles passent en revue les différentes textures des repas, expliquant la différence entre le tendre-mouliné, le mouliné et le mixé… Leur discours est clair, pratique, informatif, à l’écoute. Les questions des soignants trouvent des réponses précises à leurs interrogations nées de la pratique quotidienne au contact de patients âgés.
Simuler pour mieux soigner
À 12h30, la matinée se termine. Après une demi-heure de pause, les coordinatrices ont été rejointes par Christine Bethoux et Isabelle Muscetti, ergothérapeutes. Elles préparent le prochain atelier qui va littéralement immerger les soignants dans les conditions du vieillissement.
Édith, aide-soignante aux urgences revêt le plastron lesté de 10 kilos, avant de se voir proposer une paire de lunettes parmi celles qui simulent la vision d’une personne atteinte d’une maladie de l’œil (cataracte, rétinopathie, décollement de la rétine, glaucome, etc.). Des bandes lestées viennent ceindre ses poignets et ses chevilles. Un casque réduit son audition. Allongée sur un lit, l’aide-soignante doit se relever, passer des chaussons, s’assoir dans le fauteuil placé à côté du lit, puis aller chercher une blouse dans l’armoire et la revêtir.

Les gestes sont moins assurés et, ce qui frappe plus encore, c’est la démarche voûtée et lente de celle qui, il y a quelques minutes encore, semblait en pleine possession de ses moyens. « On revoit l’attitude de nos patients », commente Léa Courtemanche, supervisant l’atelier.
« La perte de vue est ce qui me dérange le plus », commente l’aide-soignante. « Et pourtant, c’est souvent la vision de l’on anticipe le moins à l’hôpital », rétorque l’ergothérapeute.
Maintenant, c’est au tour de Marjorie, aide-soignante, de revêtir cette troublante panoplie du vieillissement. Passant d’atelier en atelier, pour répondre à toute demande éventuelle de soutien, Judith Kerleroux, psychologue du service de psychiatrie de liaison, s’attarde quelques instants.
Deux autres ateliers simulent l’un la prise du petit-déjeuner, l’autre les déplacements (couloir et escalier). Cette immersion soudaine dans le vieillissement suscite de nombreux commentaires et appréciations. Tels gestes, telles postures deviennent compréhensibles immédiatement. Une sorte de « vis ma vie » concret et pratique pour appréhender plus finement la réalité du patient âgé.

« En un an, nous avons pu observer de grandes améliorations »
Aux urgences et dans l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) de l’hôpital Edouard Herriot, la formation de six correspondants gériatriques a eu un réel impact.
« En un an et demi, nous avons pu observer de grandes améliorations dans la prise en charge des personnes âgées aux urgences et à l’UHCD. Elles sont notamment mises au fauteuil et mobilisées dès que possible, les surmatelas anti-escarre sont bien utilisés. Il y a moins de contentions physiques, les contentions abdopelviennes ne sont utilisées que si nécessaire au vu d’un risque. Plus de repas diversifiés, adaptés et de collations sont distribués. De plus, concernant la prise en charge de la douleur aux urgences, un protocole a été élaboré en collaboration avec les gériatres et le comité de lutte contre la douleur. D’autres protocoles sur les pratiques aux urgences sont en cours d’élaboration », ont-ils partagé.
La formation des correspondants gériatriques a permis non seulement d’accroître les compétences de l’équipe, et aussi, d’améliorer la qualité de prise en charge des personnes âgées. « La satisfaction qui peut être manifestée par la personne âgée redonne alors du sens à tout notre travail de prise en soins parfois difficile », relèvent-ils.
De leurs côtés, Nathalie infirmière, et Virginie, aide-soignante en cardiologie, toutes deux correspondantes gériatriques assurent que la formation leur a permis d’améliorer le soin. « Nous avons constaté une diminution de la dépendance iatrogène, une diminution de l’altération cutanée en lien avec l’immobilisation, une amélioration de la prise en soin de l’incontinence avec moins d’utilisation de changes complets », indiquent-elles, satisfaites de transmettre les bonnes pratiques gériatriques aux nouveaux professionnels et stagiaires du service.
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