« Nous réparons les corps et accompagnons les vies », Dre Hélène Person, chirurgien plastique
Conjuguant l’exigence technique à un engagement profondément humain, elle pratique la chirurgie plastique pédiatrique depuis une quinzaine d’années. En réparant les corps des plus vulnérables, la docteure Hélène Person s’est construite une trajectoire professionnelle d’une rare intensité. Son implication est à la mesure des maladies des patients qu’elle soigne : diverses, complexes, chroniques ou aiguës, parfois incurables, nécessitant de fortes qualités techniques et relationnelles.
On ne choisit pas par hasard d’exercer auprès des enfants. Pour autant sa spécialité première n’est pas la pédiatrie mais la chirurgie reconstructrice, plastique et esthétique. C’est lors d’un stage durant son externat au centre hospitalier de Tours, ville dont elle est originaire, que l’étudiante découvre la chirurgie pédiatrique. « Voir exercer la chirurgienne Anne Le Touze m’a fascinée », se souvient-elle. Plus tard, le plaisir du travail manuel et le fait d’apprécier particulièrement l’ambiance du bloc opératoire n’ont fait que renforcer sa volonté de poursuivre dans la discipline.
« Je suis venue à Lyon pour faire de la chirurgie plastique en prévoyant de me spécialiser en pédiatrie, mes stages en chirurgie orthopédique et viscérale pédiatrique m’ont permis de confirmer mon choix. » Son internat au CHU de Lyon, entre chirurgie plastique et pédiatrie, incluant un passage à Necker à Paris, l’enthousiasme. « Puis, mon poste de praticien hospitalier a été créé après mon assistanat afin de développer cette surspécialité en pédiatrie. »
Entre médecine et reconstruction
Curieuse, opiniâtre, mue par cette volonté chevillée au corps de soigner, « d’être là pour les autres », dit-elle simplement, elle s’investit pleinement dans sa fonction. Une fonction qui n’est pas anodine tant, parfois, la frontière entre le personnel et le professionnel est ténue.
« Nous sommes des chirurgiens traitants qui accompagnons l'enfant tout au long de sa construction. L’aspect médico-chirurgical est donc très présent. Je connais certains enfants depuis dix, quinze ans. »
Son emploi du temps est plus que bien rempli entre la chirurgie, les consultations et le management « qui me prend beaucoup de temps », précise celle qui se partage entre l’hôpital Édouard Herriot où elle est responsable chirurgicale du service de chirurgie du centre des brûlés (le plus grand d’Europe) et l’hôpital Femme Mère Enfant.
Une semaine normale compte environ soixante heures, auxquelles s'ajoutent les astreintes. « Nous pouvons être appelés pour des urgences vitales comme des hématomes compressifs, des brûlures circonférentielles nécessitant des incisions de décharge, ou des fasciites nécrosantes. Il arrive que je doive opérer la nuit et enchaîner sur une journée complète de bloc le lendemain sans avoir beaucoup dormi. Il faut être endurant et très motivé. » Pour évacuer la pression, la praticienne sait pouvoir compter sur sa famille.
L’expérience de la vulnérabilité, une autre façon de comprendre les patients
Malgré la charge de travail, elle ne perd à aucun moment le point de vue du patient. Est-ce parce que, elle-même, a vécu l’expérience de la maladie grave, pendant sa formation chirurgicale, que cette praticienne a développé un sens aigu de la relation au patient ? Sans doute que cette expérience de patient a été au final une source d’enrichissement et de compréhension de ce que doit être une relation de soin respectueuse du patient et de son vécu. Cette relation est d’autant plus conséquente qu’elle est aux prises avec l’émotion des parents, celle des enfants et avec sa propre émotion.
« Il faut bien sûr gérer les inquiétudes des parents et adapter son langage à l'âge de l'enfant, une compétence qui s'acquiert avec l'expérience. »
Parfois, dans ce domaine spécifique du soin aux brûlés, des cas difficiles, pour ne pas dire tragiques, complexifient la pratique et la relation aux proches. « La charge émotionnelle est lourde pour les parents et pour nous. Il faut trouver la bonne distance tout en étant empathique. Par exemple, j'ai récemment suivi un enfant de onze ans, brûlé à 60 %. Après deux mois de soins intensifs et dix opérations, le voir se réveiller et pouvoir discuter de Harry Potter avec lui fut très émouvant. Je vais probablement le suivre jusqu'à la fin de sa croissance... »
Des histoires de vie
Mère d’un garçon de huit ans, elle sait être à l’écoute des parents et maintenir cette posture rassurante qui représente un soutien précieux dans la phase aiguë du traitement de leur enfant. Elle a personnellement opéré l'un des adolescents gravement brûlés dans l’incendie de Cran-Montana pris en charge à l’hôpital Édouard Herriot. « Aujourd’hui, ils vont bien », rassure-t-elle. Et de relater cette anecdote révélatrice des relations qui peuvent se nouer entre soignants et soignés : « Récemment, certaines familles sont revenues nous voir à Lyon pour nous remercier. Ces parcours sont traumatisants mais créent des liens très forts entre les équipes médicales et les familles. C'est pour ce genre de retour et de reconnaissance que nous faisons ce métier. »
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