Une mobilisation collective en Auvergne-Rhône-Alpes pour alerter sur les dangers du protoxyde d'azote
D’après les statistiques nationales des Centres Antipoison, la région Auvergne-Rhône-Alpes est la 4e région la plus concernée par l’usage détourné du protoxyde d’azote. Or, les données disponibles restent inférieures à la réalité des usages observés sur le terrain. En effet, les complications liées à son usage sont sous-déclarées et ne font pas systématiquement l’objet d’un signalement ou d’une prise en charge médicale.
Un produit dont les dangers restent largement sous-estimés
Souvent perçu à tort comme un produit festif sans danger, le protoxyde d’azote peut entraîner des complications neurologiques sévères, des troubles sensitifs et moteurs, des atteintes de la moelle épinière, des troubles psychiatriques ainsi que des accidents de la route liés à ses effets psychoactifs.
Les professionnels de santé constatent ainsi depuis plusieurs années une augmentation des situations nécessitant une prise en charge spécialisée : entre 2021 et 2025, près de 530 patients ont été recensés par les Centres d’addictovigilance de Lyon, Clermont-Ferrand et Grenoble. Plus de la moitié présentaient des complications graves (hospitalisation, invalidités).
Une action coordonnée à l’échelle régionale
La prévention du protoxyde d’azote concerne de nombreux acteurs en Auvergne-Rhône-Alpes : professionnels de santé, structures spécialisées en addictologie, collectivités territoriales, établissements scolaires, monde associatif et sportif, services de l’État.
Cécile COURRÈGES, directrice générale de l’ARS précise : « La reprise de la campagne nationale vient en complément des actions de prévention soutenues et financées par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes auprès des jeunes, pour l’ensemble des sujets d’addiction : interventions en établissements scolaires, centres de formation et structures jeunesse, actions de sensibilisation dans les quartiers prioritaires et les espaces publics, formations des professionnels de l’éducation ou encore développement des compétences psychosociales chez les enfants et les adolescents. »
Ces actions de prévention auprès des jeunes ont représenté un budget global de 2,3 M € en 2025.
En coordination avec la Préfecture, l’ARS anime des travaux regroupant collectivités, associations et professionnels afin de renforcer la coordination des actions de prévention et de réduction des risques.
Des dispositifs régionaux pour le repérage précoce et l’accompagnement des patients
Face à l’augmentation des conséquences sanitaires liées au protoxyde d’azote, les HCL avaient déjà engagé des actions en mai 2022 et ont depuis structuré une réponse spécifique associant addictologie, neurologie et toxicologie fin 2024 avec une téléconsultation dédiée permet aux consommateurs ou à leurs proches. Cette téléconsultation permet d’échanger rapidement avec un professionnel de santé, afin d’évaluer leur situation et d’être orientés vers un parcours de soins adapté lorsque cela est nécessaire. 150 téléconsultations ont été réalisées en un an.
Au-delà de la prise en charge des patients, les HCL participent activement aux actions de sensibilisation auprès des jeunes et des professionnels.
Pour Raymond LE MOIGN, directeur général des HCL, « notre engagement repose sur une conviction simple : la meilleure prise en charge reste celle que l’on n’a pas à réaliser. » Ainsi, les HCL mènent des actions de sensibilisation et de formation « hors-les-murs », à destination notamment des collectivités territoriales.
D’autres dispositifs existent pour accompagner les jeunes concernés par une consommation régulière de protoxyde d’azote. En effet, ils peuvent bénéficier d’un accompagnement gratuit et confidentiel au sein des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) et des Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA).
L’ensemble des partenaires rappelle l’importance d’un repérage précoce des usages et encourage les jeunes, leurs proches et les professionnels à solliciter ces dispositifs dès les premiers signes de difficultés.
Une plaquette informative afin de sensibiliser les jeunes consommateurs aux risques liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote est également à disposition sur le site patients des HCL.
À Saint-Priest, une mobilisation impliquant les jeunes
Dans la commune de l’est lyonnais, le phénomène est pris très au sérieux. Le maire, Gilles GASCON, explique : « Pour répondre à cette situation, la Ville déploie une stratégie associant prévention, sensibilisation et responsabilisation. » Des membres du Conseil municipal des jeunes et du Pôle Enfance-Famille Garibaldi ont ainsi été formés pour expliquer à leurs pairs les risques liés au protoxyde d’azote. Ils ont également réalisé une exposition photo avec le photographe Vincent Delesvaux.
Des enjeux en matière de sécurité publique
Au-delà des conséquences sur la santé, l'usage détourné du protoxyde d'azote soulève des enjeux importants en matière de sécurité publique. Les effets psychoactifs peuvent altérer la vigilance, les capacités psychomotrices et le comportement des consommateurs, augmentant ainsi les risques d'accidents, notamment sur la route.
Depuis plusieurs années, le cadre législatif a été progressivement renforcé afin d'encadrer la vente et la distribution du protoxyde d'azote. La loi visant à protéger les mineurs des usages dangereux du protoxyde d'azote a notamment interdit sa vente aux moins de 18 ans et limité sa promotion. Plus récemment, la loi RIPOST a renforcé les moyens d'action des pouvoirs publics face aux trafics et aux troubles à l'ordre public.
En complément, plusieurs préfectures ont pris des arrêtés afin de limiter la détention, le transport, la vente ou la consommation de protoxyde d'azote. : Ain, Allier, Ardèche, Drôme, Haute-Loire, Haute-Savoie, Isère, Loire, Rhône, Savoie.
Étienne GUYOT, préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, résume ainsi : « L’usage détourné du protoxyde d’azote notamment par les jeunes est un fléau très préoccupant. Cela peut entraîner des atteintes neurologiques graves et irréversibles. La conduite sous emprise constitue également un danger pour l'ensemble de nos concitoyens. Face à cette situation, l’État en Auvergne-Rhône-Alpes agit avec détermination : sur le volet de la prévention – avec le déploiement d’une campagne aux côtés de l’ARS et des Hospices Civils de Lyon et le soutien de nombreux maires – et sur le volet de la répression, au moyen de sanctions renforcées, illustrées par le projet de loi RIPOST porté par le ministre de l’Intérieur pour lutter contre ces usages dangereux. »
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Depuis le 22 juin et jusqu’en septembre, la Préfecture et l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes relaient la campagne nationale d’information sur les risques liés à la consommation de protoxyde d’azote. Cette campagne s’inscrit dans une dynamique régionale déjà engagée par les établissements de santé, comme les Hospices Civils de Lyon, et par les collectivités, comme la commune de Saint-Priest (69).