Alice Koenig, néphrologue et immunologiste, en première ligne des nouvelles thérapies

Alice Koenig (HCL/Lyon 1) décrypte les mécanismes immunologiques qui conduisent aux rejets de greffe et ouvre la voie à de nouvelles thérapies. La France compte environ 66 000 patients transplantés.

Bien qu’elle ait choisi les études de médecine qu’en classe de terminale, la docteure Alice Koenig n’en fut pas moins une brillante étudiante. En 2008, aux épreuves classantes nationales, elle décroche la soixante-quinzième place sur les plus de 5 000 participants cette année-là. Initialement intéressée par la médecine interne, elle réoriente son internat vers la néphrologie après avoir eu un véritable coup de foudre pour la transplantation. « La transplantation m’a séduite car c’est une aventure formidable, porteuse de beaucoup d’espoir pour les patients, mais aussi un champ médical et scientifique d’une grande complexité », partage-t-elle.

C’est à l’hôpital Édouard Herriot, dans le service de transplantation, néphrologie et immunologie clinique, que se construit son parcours. Elle se passionne pour les mécanismes de rejet de greffe dans une démarche profondément ancrée dans la relation au patient. Elle aime le fait que ses voies d’investigation partent d’une observation clinique pour aller au laboratoire, avant de revenir vers le patient avec des pistes thérapeutiques ou diagnostiques.  Ses travaux s’inscrivent dans une approche translationnelle, partant d’observations cliniques pour aller explorer au laboratoire, avant de revenir vers les patients sous forme de pistes diagnostiques ou thérapeutiques.

Des enjeux humains et scientifiques

Elle soutient sa thèse de médecine en 2015 et emporte au passage une médaille d’or au concours des HCL qui permet chaque année à des internes en fin de cursus de bénéficier d’une année supplémentaire d’internat pour la réalisation d’un projet de recherche ou de travail clinique innovant. Trois ans plus tard, la soutenance de sa thèse de science portant sur la découverte d’une nouvelle entité de rejet de greffe impliquant les lymphocytes NK scelle son destin de néphrologue et immunologiste hospitalo-universitaire.

Nommée MCU-PH en immunologie en 2021, elle conjugue depuis activité clinique, recherche translationnelle et enseignement universitaire. Son domaine de prédilection reste inchangé depuis toutes ces années : la prise en charge des patients transplantés, de la préparation à la greffe au suivi post-transplantation, ainsi que la compréhension et la gestion des complications survenant chez ces patients.

« La transplantation rénale est un domaine avec de nombreux enjeux immunologiques. La durée de vie du greffon est en moyenne de dix, quinze ans, mais les patients peuvent être greffés plusieurs fois, alternant avec des périodes de dialyse. La transplantation offre aux patients une meilleure survie et une meilleure qualité de vie que la dialyse. Pour prévenir le rejet, les patients doivent recevoir des traitements immunosuppresseurs qui augmentent les risques d’infections et de cancers. Malgré ces traitements, le rejet du greffon se produit chez presque tous les patients, souvent de manière chronique et est difficile à diagnostiquer précocement et à contrôler. »

 

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La docteure Alice Koenig à l'hôpital Édouard Herriot, hiver 2026.
La docteure Alice Koenig a contribué à décrire un nouveau mécanisme de rejet.

Les lymphocytes NK : une clé pour mieux traiter les complications postgreffe

Son activité se partage entre la clinique à l’hôpital et la recherche au Centre international de recherche en infectiologie à Gerland. Ses recherches portent plus précisément sur les cellules NK (pour natural killer en anglais), des lymphocytes du système immunitaire capables d’éliminer les cellules cancéreuses ou infectées par des virus. Au sein du laboratoire NOPAB, selle a contribué à décrire un nouveau mécanisme de rejet impliquant ces cellules.

« Nous avons démontré que les NK jouent un rôle clé dans les rejets vasculaires chroniques, principale cause de perte tardive des greffons ». Forte de ces résultats, et grâce à une bourse ANR JCJC* obtenue en 2021, elle vise désormais l’objectif de développer des biomarqueurs non invasifs afin d’identifier précocement les patients à risque de rejet médié par les NK et de concevoir de nouvelles approches thérapeutiques pour mieux traiter ces rejets. « Les traitements immunosuppresseurs existants ciblent principalement les lymphocytes T et sont peu efficaces contre les cellules NK », souligne-t-elle.

La chercheuse et clinicienne explore également le rôle des NK dans les infections qui surviennent chez les patients immunodéprimés, notamment celles dues au cytomégalovirus (CMV), de la famille des herpès. « Les cellules NK sont particulièrement importantes pour combattre ce type de virus, surtout lorsque les lymphocytes T sont inhibés par les immunosuppresseurs », précise-t-elle. Dans ce cadre, elle collabore avec la professeure Hannah Kaminski du CHU de Bordeaux, spécialiste du CMV. « À terme, nous envisageons de développer des thérapies cellulaires pour les infections réfractaires, en amplifiant ex vivo des cellules immunitaires du patient, comme les lymphocytes T Gamma Delta dans un premier temps, puis potentiellement les cellules NK, avant de les réinjecter afin de renforcer la réponse virale. Les premiers produits de thérapie cellulaire devraient être produits très prochainement sur la nouvelle plateforme ARTEMIS des HCL, grâce à un financement obtenu auprès de l’Agence nationale de la recherche en 2025, en partenariat avec le Pr Kaminski et le Pr Viel », conclut-elle.

Étude des cellules NK au-delà de la transplantation

Son expertise sur les cellules NK, la Dre Koenig la met aussi au service d’une collaboration avec le Pr Pierre-Adrien Bolze, chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Lyon Sud, dans le cadre de l’étude sur les tumeurs trophoblastiques issues du placenta. Ces pathologies surviennent dans un contexte semi-allogénique, présentant des similitudes immunologiques avec la transplantation.  Ensemble, ils analysent le rôle des cellules NK dans la réponse antitumorale et la sensibilité de ces tumeurs aux immunothérapies.

Cette collaboration constitue également un levier majeur pour le développement de modèles innovants de souris humanisées, qui permettront prochainement de conduire des tests précliniques de thérapies cellulaires. Ces modèles pourront également être mobilisés dans différents domaines, en transplantation mais également au-delà, notamment en cancérologie.

*Agence nationale de la recherche, Programme Jeunes chercheuses et jeunes chercheurs.

 

 

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